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Présentation

Historique

Travaux scientifiques

Expéditions naturalistes

Objectifs scientifiques

Exemples de travaux

Un travail bénévole et associatif

Vulgarisation

Partenaires


 

 

Expéditions naturalistes

A l’exception de quelques changements technologiques, dont les nouveaux outils de communication et de positionnement par satellite, les expéditions du GREA sont, depuis 1973, restées fidèles à leurs principes d’origine. Les équipes, de 4 à 8 personnes en moyenne, sont toujours exclusivement constituées de bénévoles. La logistique, légère (tentes, panneaux solaires, ski, raquettes, bateaux pneumatiques, kayaks…), est adaptée au terrain et respectueuse de l’environnement (jamais de véhicules à moteur sur terre). Les soutiens, variés, assurent une indépendance totale. Les travaux enfin, sont toujours accompagnés de relevés et d’inventaires naturalistes et font l’objet de rapports annuels transmis notamment aux autorités administratives et scientifiques des régions visitées.

Si nous revendiquons aujourd’hui encore la qualité de naturalistes (au sens du “savant spécialiste des sciences naturelles” et non du “taxidermiste” !), c’est que ce terme témoigne mieux que tout autre de notre attachement à faire progresser – à la mesure de nos moyens et dans le respect de l’environnement – nos connaissances des êtres vivants qui peuplent la planète, et les régions arctiques en particulier.

Mais à quoi peut bien servir un naturaliste dans l’Arctique ? Selon Jean-Louis Etienne (Le pôle intérieur, Ed. Hoëbeke 1999), l’objectif du naturaliste est de “s’enquérir et instruire l’homme des relations mutuelles qui lient sa vie à celle des autres espèces. (…) Plus nous avançons, plus nous nous enlisons dans des problèmes écologiques graves, plus la connaissance globale des interactions entre les espèces et les écosystèmes devient vitale. Or qui mieux que le naturaliste, a accès à cet aspect fondamentalement qualitatif de la vie sur Terre ?”.

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Objectifs scientifiques

Mis bout à bout, nos inventaires et cartographies successifs, travaux naturalistes par excellence, servent de fondations à d’autres études scientifiques : écologiques, géographiques, climatologiques, ethnologiques... Sans cette connaissance préalable et indispensable de notre environnement, impossible d’en évaluer la richesse, la fragilité, l’évolution ! Les travaux naturalistes que le GREA poursuit dans différents pays depuis 30 ans sont donc extrêmement précieux, d’autant que l’Arctique est la région la moins peuplée et donc l’une des moins bien connue du globe (imaginez qu’il n’y a qu’une vingtaine de résidents permanents dans le parc national du NE du Groenland qui couvre pourtant une superficie équivalente au Royaume-Uni et à la France réunis !).

Bien entendu, si les relevés et inventaires naturalistes sont l’une des constantes des expéditions du GREA, ils n’en constituent pas pour autant l’unique objectif scientifique. Dans bien des cas, l’écologie particulière des espèces et la dynamique de certaines populations ont également été étudiées. Le renard polaire, le lagopède alpin, l’hermine, la chouette harfang, le labbe à longue queue, le lemming à collier et le bœuf musqué sont autant d’espèces ayant fait l’objet d’études spécifiques (souvent accompagnées de programmes de radio-télémétrie), toutes publiées dans des revues internationales à comité de lecture.

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Exemple de travaux

Travaux sur les cycles de lemmings au Groenland

Notons également que dès ses premières expéditions, le GREA s’est intéressé à l’étude des relations prédateurs-proies, notamment par l’étude des régimes alimentaires des prédateurs. Ces travaux, complétés depuis par le suivi à long terme (1988-2003) des vertébrés terrestres de l’île de Traill (“Karupelv Valley Project” : Groenland) et par un programme de recherche spécifique aux interactions lemmings-prédateurs (“Ecopolaris 1998-2002”) nous permettent aujourd’hui d’avoir une idée extrêmement précise des facteurs et mécanismes responsables des célèbres " cycles de lemmings " (voir article sur le Lemming à collier). Bénéficiant d’importantes connaissances empiriques, nous avons pu, après seize années de suivi et cinq années d’étude intensive des prédateurs, modéliser la totalité de l’écosystème afin d’évaluer l’impact de la prédation sur le déterminisme de ces cycles (résultats publiés dans la prestigieuse revue scientifique américaine « Science »). Pouvoir simuler à l’aide d’un modèle mathématique la dynamique simultanée de toutes les espèces importantes d’un écosystème est déjà en soi une gageure : seules deux autres études de ce type ont à ce jour été publiées (toutes deux en dehors de l’Arctique). Mais le fait que la dynamique prédite par notre modèle soit similaire à celle observée sur le terrain est une découverte encore plus intéressante puisque de l’avis même de l’un des plus grands écologues du moment, le Professeur académicien Ilkka Hanski (Univ. Helsinki) : "Il s’agit là de la meilleure preuve qu’une dynamique cyclique de rongeur peut être causé par la prédation." (voir figure ci-dessous).

Dynamique cyclique du lemming (carrés) et de l’hermine (cercles) prédite pour 15 ans par notre modèle (Gilg et al. Science). Ce modèle, qui intégre également chouettes, labbes et renards, prédit des cycles de durée et amplitude identiques à celles observées sur le terrain.

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Suivi des populations d'oiseaux marins au Svalbard

Bien que moins réguliers, les comptages d’oiseaux marins réalisés au Svalbard entre 1973 et 1994) offrent eux aussi aujourd’hui d’intéressantes perspectives scientifiques. En comparant les résultats des comptages réalisés depuis les années 1970 par le GREA et d’autres équipes avec ceux que nous avons réalisés en 1994 (exhaustifs pour toute la région NW du Svalbard), nous avons pu retracer la dynamique des populations de mouettes tridactyles et de guillemots de Brünnich sur plus de 30 ans. A la surprise générale, nous avons constaté que la taille des populations reproductrices de ces espèces (et notamment celle du guillemot) variait de façon importante selon les années et que ces variations étaient extrêmement bien corrélées (mais avec plusieurs années de retard pour le guillemot) aux variations de températures hivernales dans l’Atlantique Nord. En plus de proposer une explication aux fluctuations de certaines populations d’oiseaux marins, ces résultats nous permettent ainsi d’évaluer l’impact d’éventuels changements climatiques sur ces populations animales de l’Arctique. Les exemples similaires étant extrêmement rares pour les espèces d’oiseaux et de mammifères, nos résultats sont à ce titre remarquables (voir figure ci-dessous).

Variation des effectifs reproducteurs de guillemot de Brünnich (carrés) dans le nord du Spitzberg et de la T°C moyenne annuelle (trait gras) et hivernale (trait fin) dans l’Atlantique Nord (index NAO). La corrélation importante illustrée sur cette figure grâce aux résultats des nombreux comptages du GREA semble démontrer que la T°C dans l’Atlantique Nord détermine le nombre de guillemots qui se reproduiront 4 à 6 ans plus tard dans le nord du Spitzberg (meilleur taux de survie des jeunes les années chaudes, jeunes qui atteindront leur maturité sexuelle et se reproduiront pour la 1ère fois à 4-6 ans).

Ces deux exemples de recherche approfondie et à long terme - lemmings au Groenland et oiseaux marins au Svalbard - résument bien la démarche scientifique du GREA. Partant de " simples " travaux naturalistes descriptifs (inventaires et comptages) et bénévoles, nous avons pu, à force de persévérance et d’ingéniosité méthodologique, obtenir des séries de données uniques (car récoltées dans des écosystèmes simplifiés, dans des régions peu accessibles, et sur le long terme) que bien des instituts de recherche gouvernementaux nous envient aujourd’hui. De nombreuses collaborations, ponctuelles ou plus régulières, ont d’ailleurs vu le jour au cours de ces 30 années d’activité. Il serait trop long d’en dresser ici la liste exhaustive mais parmi les universités et autres instituts avec lesquels nous avons collaboré étroitement, citons : les universités d’Helsinki, d’Oslo, de Copenhague, de Laval (Canada), de Yakoutsk (Sibérie), d’Umea (Suède), d’Aarhus (DK), de Freiburg en Brisgau (D), d’Amsterdam, d’Alabama (USA), de Montpellier, Strasbourg et Besançon ainsi que l’Institut Polaire Norvégien, le Musée Zoologique de Copenhague, le Centre Polaire Danois, l’Institut National de Recherches Environnementales du Danemark, le WWF Arctique, le groupe interministériel des nations circumpolaires pour la Conservation de la Faune et de Flore Arctique (CAFF), etc. Les trois thèses de doctorat et les trois mémoires de maîtrise réalisés dans le cadre des expéditions du GREA témoignent également de la qualité de nos travaux et de nos liens étroits avec le monde universitaire français et européen.

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Un travail bénévole et associatif

Les travaux du GREA sont l’œuvre de plus de 120 naturalistes bénévoles qui depuis 30 ans ont sillonné toutes les terres arctiques. L’énorme investissement financier et humain nécessaire à l’organisation de chaque mission aurait pu limiter nos objectifs, voire nos résultats. Au contraire, cet investissement personnel important fut garant de qualité car l’organisation d’une expédition polaire est un défi que seuls les naturalistes les plus motivés sont prêts à relever : qui d’autre en effet serait disposé à payer de sa propre bourse et de sa personne pour aller “travailler” bénévolement dans des conditions aussi difficiles et dans un confort aussi sommaire ? En outre, notre indépendance, totale, nous assure une grande souplesse administrative et nous affranchit des obligations de résultats de plus en plus souvent imposées aux équipes de chercheurs gouvernementales (obligation responsable de la disparition de nombreux programmes de suivi à long terme), voire des orientations de certains programmes de recherche (toutes les vérités n’étant pas toujours bonnes à dire notamment dans le domaine de la conservation de la nature). Le GREA, dont les activités sont uniques par leur caractère bénévole et international ainsi que par leur intensité et leur pérennité, occupe une place particulière dans le monde relativement fermé de la recherche scientifique. La qualité croissante de nos travaux (publiés dans des revues scientifiques internationales) nous assure aujourd’hui une reconnaissance internationale dont témoignent les nombreuses collaborations engagées avec divers instituts scientifiques et polaires. L’Arctique étant une région aussi vaste et intéressante que menacée et peu connue, nul doute que l’avenir nous permettra de conserver cette place originale et de poursuivre des activités scientifiques de qualité dans le même esprit d’équipe et de respect de l’environnement que par le passé.

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page mise à jour le 18 novembre 2008 par Claire Thiallier